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Les grands principes thérapeutiques en phytothérapie clinique intégrative
1. Généralités
Trois aspects complémentaires sont à prendre en compte dans la mise en place d’une phytothérapie clinique intégrative, avec les volets symptomatique, de drainage et de régulation spécifique endobiogénique. Cependant, il est important de bien comprendre que le raisonnement endobiogénique dans le cadre d’une physiologie intégrée doit se faire dès le premier contact avec le malade et dès le premier volet thérapeutique symptomatique.
Prescrire un simple traitement symptomatique ou même de drainage non intégré dans cette réflexion peut aller à l’encontre du but recherché, à savoir la guérison du patient, et ce quel que soit le type de thérapeutique utilisée, classique, phytothérapique ou autre. Il ne s’agit pas, comme l’entendent certains, de niveaux thérapeutiques différents et successifs, voire indépendants, mais de volets thérapeutiques inclus dans un même raisonnement analytique et intégratif.
Par exemple, prescrire sur le plan symptomatique un antipyrétique ou un décongestionnant, qu’il soit classique ou phytothérapique, sans tenir compte de la qualité de cette réponse physiologique adaptative induite, tant dans ses composantes quantitatives que chronologiques, sans la réintégrer dans l’analyse des besoins métaboliques spécifiques de l’organisme, peut aller à l’encontre du but recherché, en privant l’organisme de cette réponse nécessaire.
Il ne faut pas oublier que le symptôme et donc la maladie ne sont que l’expression de bout de chaîne traduisant les déséquilibres initiaux neuroendocriniens dans la régulation métabolique adaptative.
La phytothérapie clinique intégrative est, comme on l’a vu (chapitre 1), un concept réglementant l’utilisation de la plante médicinale selon :
- une réflexion physiologique intégrative ;
- une approche thérapeutique régulatrice.
2. Volet thérapeutique symptomatique dans le cadre d’une réflexion endobiogénique
2.1. Définition
Le traitement symptomatique a pour finalité la prise en compte et l’élimination du symptôme afin de soulager le malade. Pour cela, on prescrira une thérapeutique de type « anti- » : anti-inflammatoire, antipyrétique, antispasmodique, antidépresseur, etc.
2.2. Modalités
Dans le cadre d’une réflexion intégrative, la mise en place d’un traitement symptomatique doit :
- tenir compte de l’intensité du symptôme, de sa répercussion sur l’équilibre général de l’organisme, de sa gestion par le patient ;
- être institué quand la réponse adaptative qui l’induit dépasse son but en intensité, en qualité et/ou en durée ;
- être prescrit selon une intensité la moins élevée et une durée la plus courte possible afin de ne pas priver l’organisme d’informations nécessaires à l’adaptation de sa réactivité ;
- être complété par un volet thérapeutique de drainage et endobiogénique, afin d’obtenir un résultat thérapeutique plus rapide et surtout faciliter le retour à un état d’équilibre initial, seul garant pour éviter rechute et chronicité.
2.3. Intérêt, limites et contre-indications
L’intérêt de ce volet thérapeutique se situe à deux niveaux :
- soulager le patient dans l’immédiat d’une symptomatologie difficilement gérable ou supportable : douleur, spasme, etc. ;
- supprimer une symptomatologie qui met en jeu l’équilibre d’un organe ou de l’organisme lui-même dans l’immédiat ou à court terme : infection aiguë, hyperthermie importante, etc.
De ce fait, ce niveau thérapeutique ne devrait pas être premier et en tout cas non systématique, puisque la finalité d’un traitement dans le cadre d’une réflexion intégrative est d’aider l’organisme dans sa réponse adaptative. Donc, loin d’être un traitement « anti- », il convient de mettre en place, en dehors des cas d’urgence, un traitement de type « pro- », régulateur et de soutien. Par conséquent, dès ce volet de traitement, il est capital d’introduire un raisonnement de type endobiogénique, afin de replacer le traitement symptomatique dans la logique du respect de la réactivité physiologique adaptative.
Les limites du traitement symptomatique sont celles de l’élimination du strict symptôme, élément réactionnel qui lui-même n’est que conséquence et expression de bout de chaîne de tout un ensemble de déséquilibres qui ont conduit au passage d’une réactivité d’adaptation physiologique à une réactivité désadaptée, faisant basculer l’organisme dans un état précritique puis critique.
De plus, la durée de ce traitement symptomatique devra être limitée au strict nécessaire et dans certains cas celui-ci pourra même être contre-indiqué, car il élimine des éléments d’information utiles au maintien et à l’ajustement de cette réactivité physiologique, aussi bien dans sa qualité, son intensité que dans sa durée, aggravant de ce fait la difficulté pour l’organisme à faire face au problème.
2.4. Exemples
Dans le cadre d’une infection nous pourrons prescrire des plantes à action anti-inflammatoire, décongestionnante, astringente et antibactérienne ou antivirale, voire antipyrétique ou antalgique. Leur prescription se fera dans le cadre de la réflexion que nous avons faite. Leur sélection se basera sur :
- la totalité du profil de leurs propriétés pharmacologiques et cliniques, en tenant compte dès ce niveau de choix de leur implication possible, directe ou indirecte, dans les volets ultérieurs du traitement (drainage et endobiogénique) ;
- leur spécificité particulière d’organe et la localisation préférentielle de l’agent agresseur.
Par exemple :
Dans une infection ORL, intérêt des feuilles de Ronce (Rubus fructicosus) pour ses propriétés : anti-inflammatoire, antibactérienne (streptocoque), astringente (cutanée, ORL et pulmonaire, digestive), décongestionnante amygdalienne, hémostatique, hypoglycémiante, draineur pancréatique, diurétique volumétrique ;
Face à une infection de la sphère urinaire, feuilles de Busserole (Arctostaphylos uva ursi) pour ses propriétés : antibactérienne, anti-infectieuse urinaire spécifique, antihémorragique, diurétique volumétrique.
Mais encore une fois, on pourra avoir une action antibactérienne indirecte en modifiant l’écologie locale ayant permis la prolifération du germe par le simple fait d’agir, par exemple :
- sur une vagotonie prédominante permettant ainsi de réduire de fait les éléments de congestion, d’hypersécrétion, de régulation glycémique ;
- sur une sympathicotonie importante afin de lever les éléments de spasme et de congestion.
Le traitement strictement symptomatique ne devient alors que secondaire, ou au plus, réduit au strict minimum.
3. Volet thérapeutique de drainage dans le cadre d’une réflexion endobiogénique
3.1. Définition
Le drainage consiste à soutenir ou stimuler les fonctions sécrétrices ou excrétrices de nos différents appareils éliminateurs ou émonctoires :
- l’appareil hépatobiliaire ;
- le tube digestif ;
- l’appareil rénal ;
- la peau ;
- l’appareil respiratoire ;
- le pancréas, bien que n’étant pas un émonctoire au sens strict, peut malgré tout être inclus dans cette notion du fait de sa fonctionnalité étroitement liée aux fonctions hépatobiliaires et intestinales.
On peut définir une phytothérapie de drainage comme une thérapeutique d’action par les plantes qui intervient dans l’organisme en agissant sur la ou les fonctions d’un ou plusieurs organes émonctoires impliqués directement ou indirectement dans le symptôme de morbidité.
Ceci étant, une réflexion intégrative nous oblige à considérer deux niveaux d’analyse pour chaque organe dit « émonctoire », avec :
- l’organe émonctoriel au sens strict du terme ;
- et l’organe en tant qu*« organe à participation métabolique »*.
La notion de drainage dépasse alors la simple notion de soutien des processus d’élimination de l’organe émonctoire, et inclut également, directement ou indirectement, le soutien fonctionnel de ses fonctions métaboliques spécifiques.
Si l’on prend l’exemple du foie :
- en tant qu’organe métabolique : il participe à la synthèse et à la régulation de nombreuses hormones, transporteurs ou de certains métabolites (cholestérol, fer, etc.). Il se trouve directement inclus dans le métabolisme glucidique et lipidique, participe aux processus d’inflammation, etc.
- en tant qu’organe émonctoriel : il participe directement au catabolisme et à l’élimination de nombreuses substances par glyco- et sulfo-conjugaison, par exemple, ou au catabolisme de divers métabolites éliminés ensuite par voie rénale.
Il en est de même pour les appareils rénal, cutané, digestif et pulmonaire.
3.2. Modalités
On peut utiliser le drainage de plusieurs façons.
Selon son intensité avec :
-
- soit un simple drainage régulateur et de maintien de la fonction ;
-
- soit un drainage correcteur et de soutien ;
-
- soit un drainage plus agressif en forçant la fonction.
Selon son aspect plus ou moins sélectif avec :
-
- soit un drainage d’organisme : avec un drainage général des émonctoires en cas de déséquilibre toxinique alimentaire par exemple, de fatigue, ou de déséquilibre général ;
-
- soit un drainage d’organe : avec une action plus ciblée sur l’émonctoire en cause, tout en gardant à l’esprit les différentes interrelations physiologiques et rapports d’organe à organe ;
-
- soit un drainage d’une fonction spécifique d’organe.
Il peut exister un drainage homéopathique ou chimiothérapique, mais le drainage phytothérapique est le plus complet tant au niveau du choix qualitatif, du degré d’action quantitatif, de son étendue d’action.
Il existe un drainage physiologique avec, par exemple :
- une crise de rhinorrhée qui draine les cavités ORL ;
- une toux expectorante qui draine l’arbre bronchique ;
- un transit accéléré qui draine l’appareil intestinal.
Comme pour le volet symptomatique, l’action thérapeutique doit savoir respecter ces drainages physiologiques tant qu’ils ne dépassent pas leur fonction.
3.3. Rôles des différents émonctoires – Vision intégrative des relations entre les organes émonctoriels et la fonctionnalité générale de l’organisme
Nous allons voir les principaux rôles des différents émonctoires tant dans leur fonction émonctorielle spécifique que dans leur fonction métabolique, leurs liens avec la fonctionnalité générale de l’organisme, la notion de couples fonctionnels.
L’appareil hépatobiliaire
Le foie, situé au carrefour du métabolisme, participe aux fonctions anaboliques et cataboliques de l’organisme et tient une place importante par son rôle détoxiquant, avec ses différents rôles.
- En tant qu’organe émonctoriel, rôle détoxiquant :
- solubilisation de nombreux produits de dégradation éliminés ensuite par le rein ;
- glyco-conjugaison, sulfo-conjugaison pour l’élimination des produits toxiques.
- En tant qu’organe à participation métabolique :
- au niveau endocrinien : le foie est impliqué dans la synthèse et le métabolisme de nombreuses hormones, transporteurs, etc. ;
- au niveau strictement métabolique, la fonction hépatique est directement impliquée dans :
- les métabolismes glucidiques, lipidiques et protéiques ; par exemple le métabolisme des acides aminés soufrés participe à la construction cartilagineuse,
- la synthèse et/ou la régulation de certains métabolites : fer, cholestérol, etc.,
- le contrôle des processus inflammatoires.
L’appareil rénal
- En tant qu’organe émonctoriel, il intervient en principal sur :
- la diurèse ;
- l’élimination des déchets azotés : urée et acide urique.
- En tant qu’organe à participation métabolique, il intervient dans :
- l’équilibre hydro-électrolytique avec l’élimination ou la réabsorption de tel ou tel électrolyte acide aminé ou protéine ;
- la régulation des volumes circulants ;
- la régulation de la pression artérielle ;
- l’équilibre acide-base avec le système bicarbonates-acide carbonique ;
- certaines synthèses hormonales.
L’appareil digestif
- En tant qu’organe émonctoriel, sa fonction de drainage consiste à :
- assurer une élimination correcte des résidus alimentaires ;
- éviter la résorption toxinique en assurant un transit intestinal correct.
- En tant qu’organe à participation métabolique, il intervient dans :
- l’assimilation préférentielle en urgence de tel ou tel métabolite nécessaire à la réactivité d’adaptation de l’organisme ;
- le rôle majeur du microbiote ;
- le cycle entéro-hépatique du cholestérol ;
- etc.
Le drainage intestinal sera en grande partie abordé par :
- la qualité du drainage hépato-pancréatique associé ;
- le maintien d’un bon état d’équilibre fonctionnel du système neurovégétatif participant tant aux éléments moteurs que sécrétoires du tube digestif.
La fonction pancréatique
Sans être un émonctoire au sens strict, la fonction pancréatique est étroitement liée aux fonctions hépatobiliaires et intestinales. Mais aussi, le pancréas joue un rôle important en tant qu’organe à participation métabolique :
- rôle du pancréas endocrine sur le métabolisme par le lien entre la GH, les facteurs de croissance et l’insuline ;
- rôle du pancréas au niveau du métabolisme lipidique et glucidique ;
- rôle des sucs pancréatiques pour faire face à un excès d’apport alimentaire ou à la nécessité de privilégier l’assimilation en urgence de tel ou tel métabolite.
L’appareil cutané
Le drainage cutané vise à favoriser les fonctions d’élimination de la peau (eau, sels minéraux, CO₂, autres substances) en stimulant les mécanismes régulateurs de la sécrétion et de l’excrétion des glandes sudoripares et sébacées, de façon directe ou indirecte, grâce à des plantes modifiant la composition du film lipidique de surface, ou agissant sur la circulation locale ou locorégionale.
- En tant qu’organe émonctoriel : eau, sels minéraux, CO₂, autres substances. En général, rôle supplétif des autres émonctoires, principalement : foie, intestins, rein et poumon.
- En tant qu’organe à participation métabolique, intervient dans :
- la régulation thermique : convection, radiation, perspiration ;
- la régulation des volumes sanguins circulants : vasomotricité ;
- l’équilibre hydroélectrolytique : sueur ;
- les éléments de réserve : panicule adipeux, ou de certaines hormones circulantes et transporteurs.
Il s’agit donc essentiellement d’un rôle de système tampon.
- Mais aussi lien direct de la peau avec le système endocrinien avec :
- la mélanine dont la synthèse est régulée par la MSH ;
- la vitamine D. Le drainage de la peau, pour avoir une efficacité complète, devra habituellement être associé à celui de (ou des) l’émonctoire(s) participant à l’insuffisance des fonctions cutanées. Le plus souvent l’appareil hépatobiliaire ou digestif.
Là aussi, rôle tampon et supplétif des autres émonctoires.
L’appareil respiratoire
- En tant qu’organe émonctoriel : le drainage de l’appareil respiratoire consiste à adapter cette fonction aux nécessités d’élimination de l’organisme en assurant le meilleur transfert possible vers l’extérieur des déchets du sang (influence de l’acidose et de l’élimination du gaz carbonique) et ce par trois modes d’action :
- augmentation de la surface d’échange transalvéolaire ;
- suppression ou diminution des facteurs de résistance à l’évacuation propres à l’arbre bronchique ;
- suppression ou diminution des facteurs de résistance liés aux sécrétions.
- En tant qu’organe à participation métabolique, il intervient :
- par l’adaptation de l’apport essentiel d’oxygène en fonction des besoins métaboliques ;
- dans la régulation de l’équilibre acide-base.
Enfin, dans le cadre d’un raisonnement physiologique intégratif et endobiogénique, il faut apprécier l’état des couples fonctionnels en analysant les mécanismes physiopathologiques qui justifient le rôle du foie, du pancréas, de l’intestin, pour une pathologie donnée ou un système devenu organe de faiblesse. Ces couples se définissent soit par leur fonctionnalité complémentaire (par exemple : foie-rein pour le métabolisme de l’urée), soit par leur fonctionnalité compensatoire (par exemple : rein-poumon pour l’équilibre acido-basique).
Ainsi, face à une pathologie infectieuse d’une sphère donnée, il faudra s’attacher plus particulièrement à étudier la fonctionnalité des couples émonctoriels suivants :
- pour la sphère ORL : foie, pancréas ;
- pour les bronches : pancréas, rate, côlon, foie ;
- pour le tube digestif : foie, pancréas ;
- pour l’appareil génito-urinaire : intestins ;
- pour la peau : foie, intestins, pancréas.
Si l’on étudie la peau dans ses fonctions d’échange, on voit que, dans le cas de l’infection cutanée, des organes profonds peuvent participer à ce déséquilibre cutané par exemple par le biais du métabolisme lipidique au niveau hépatique, ou glucidique au niveau pancréatique :
- liens avec des troubles lipidiques qui peuvent jouer un rôle en modifiant la qualité ou la quantité du sébum sécrété par la peau. L’excès de sébum, en conjonction avec d’autres facteurs d’agression au niveau de la peau, peut alors favoriser la prolifération d’un germe donné ;
- liens entre les déséquilibres du métabolisme glucidique et la prolifération de certains germes : acné, furonculose… ;
- liens entre le métabolisme protidique et certaines pathologies d’emballement métabolique psoriasis…
Ce même raisonnement permet de comprendre comment il est possible, par le biais des systèmes de relation inter-organique, de traiter une infection cutanée sans avoir besoin de recourir à des plantes spécifiques pour la peau, par exemple en traitant une dysfonction pancréatique ou hépatique.
3.4. Intérêt, limites, contre-indications
Le drainage constitue un volet thérapeutique à part entière et complémentaire au traitement symptomatique et au traitement étiologique (correcteurs des déséquilibres inducteurs = terrain précritique).
Il permet de compléter les volets symptomatique et étiologiquement endobiogénique en améliorant la fonctionnalité émonotorielle. Cette dysfonction émonotorielle pourra, là aussi :
- si elle est première, être inductrice ou amplificatrice du déséquilibre initial ;
- si elle est seconde, être prolongatrice du déséquilibre initial.
La mise en place de ce traitement de drainage doit être intégrée dans une réflexion endobiogénique générale, tant dans ses modalités que dans sa durée et son intensité.
Enfin, avant la prescription de tout traitement de drainage, il convient de s’assurer que la voie de drainage est libre (absence de calcul, de spasme sphinctérien) sous peine d’aggraver la pathologie. Il s’agit alors d’une contre-indication au drainage. En cas de spasme sphinctérien, une simple action bien étudiée sur le système neurovégétatif, contrôlant les modalités sécrétoires et motrices, peut la plupart du temps éviter un traitement de drainage (plantes α-sympatholytiques, par exemple).
Ses limites sont celles de tout traitement de drainage qui va aider l’organisme sur un niveau spécifique de fonctionnalité et participer indirectement à la qualité du métabolisme, mais il ne peut pas régler directement les dysfonctions endocrines à l’origine du déséquilibre de la réponse d’adaptation.
D’autre part, face à la poursuite d’un traitement de drainage non accompagné d’une réflexion intégrative et d’une action au niveau endobiogénique, on constatera un « échappement » et la réapparition de la symptomatologie au bout d’un certain temps, malgré les résultats positifs de départ.
À l’inverse, pour des déséquilibres endobiogéniques peu profonds, ce simple volet de drainage peut soulager l’organisme, le faisant repasser sous un seuil critique à partir duquel il est capable de retrouver par lui-même l’état d’équilibre initial.
3.5. Exemple dans le cadre d’une maladie infectieuse pulmonaire
On a vu que le drainage de l’appareil respiratoire en tant qu’émonctoire consiste à adapter sa fonction aux nécessités d’élimination de l’organisme en assurant le meilleur transfert possible vers l’extérieur des déchets du sang (influence de l’acidose et de l’élimination du gaz carbonique).
Différents niveaux d’action sont possibles, en utilisant des plantes :
- expectorantes ;
- fluidifiantes ;
- émollientes ;
- décongestionnantes ;
- antispasmodiques ;
- bronchodilatatrices ;
- à action neurovégétative pour lever le spasme bronchique.
4. Volet thérapeutique étiologiquement endobiogénique
4.1. Définition
Un traitement de type endobiogénique se définit comme la mise en place d’une thérapeutique ayant pour finalités principales d’aider l’organisme :
- à retrouver son meilleur état d’équilibre basal et fonctionnel possible ;
- en soutenant sa réactivité adaptative face aux agressions tant endogènes qu’exogènes ;
- à mettre en place les réponses métaboliques nécessaires tant dans leur aspect qualitatif, quantitatif que dans la durée.
Ceci implique, de fait, une réflexion analytique de type intégratif, la seule permettant de mettre en évidence les déséquilibres spécifiques de ses systèmes régulateurs neurovégétatifs et endocriniens, avec les notions :
- d’interrelations et de relativité entre les différents éléments du système ;
- d’adaptation de la réponse régulatrice tant sur les plans qualitatif, quantitatif que chronologique.
Un point important à souligner est la confusion fréquente entre l’outil en tant que tel et l’utilisation de l’outil qui, elle, est un concept. Utiliser un outil thérapeutique donné, qu’il soit phytothérapique, homéopathique ou autre, n’est en rien synonyme de pratiquer une « médecine de terrain ». La phytothérapie en tant que telle n’est en rien une médecine de terrain, c’est un outil thérapeutique. Comme tout produit, la plante médicinale ou autre n’est en rien un « produit endobiogénique ». Tout dépend de l’utilisation qui en est faite. Tout dépend de la réflexion préalable à sa prescription qui, elle, sera intégrative et endobiogénique ou non.
Ceci étant, le produit phytothérapique est le matériel le plus adapté à la mise en place d’un traitement entrant dans le cadre d’une réflexion endobiogénique.
4.2. Modalités
La réflexion endobiogénique doit mettre en évidence :
- l’axe préférentiellement faible dans sa fonctionnalité, que ce soit structurellement ou de façon acquise ;
- l’organe de faiblesse préférentiel, là aussi que ce soit structurellement ou de façon acquise ;
- les besoins métaboliques premiers nécessités par la réponse adaptative de l’organisme ;
- l’axe endocrinien « demandeur » et initiateur, s’il s’agit d’une sollicitation endogène ;
- l’axe endocrinien sollicité en premier et en principal dans cette réponse adaptative ;
- les réponses des autres axes tant dans leur aspect qualitatif, quantitatif que chronologique dans l’enchaînement de la boucle adaptative ;
- le point de bascule et de déséquilibre, dans cet enchaînement des réponses endocriniennes, de la boucle adaptative, faisant basculer l’organisme d’une réponse physiologique adaptée vers un état physiopathologique précritique puis critique.
La réflexion thérapeutique sera directement issue de cette analyse intégrative. Le traitement de type endobiogénique pourra se faire à deux niveaux selon les capacités d’analyse et l’expérience du thérapeute :
- 1er niveau :
- il est issu directement de l’évaluation des processus critiques et précritiques initiateurs de la pathologie avec la mise en évidence des niveaux de dysfonction dans la boucle physiologique de la réponse adaptative ;
- il permettra de remettre l’organisme dans un état de contrôle relatif du processus pathogène juste avant le seuil de bascule dans le déséquilibre physiopathologique.
- 2e niveau. Il est beaucoup plus complexe, consécutif à la mise en évidence :
- des besoins métaboliques premiers ;
- et des déséquilibres endocriniens fonctionnels n’ayant pas permis leur réalisation. Il permet de traiter les déséquilibres premiers des réponses adaptatives à l’origine même du processus pathogène.
4.3. Intérêt, limites, contre-indications
L’intérêt d’une approche endobiogénique paraît évident, puisqu’elle vise à mettre en place une thérapeutique intégrée à la réactivité de l’organisme, lui permettant de rééquilibrer ses réponses adaptatives et le retour à l’état d’équilibre basal, ou véritable état de santé. Elle se présente ainsi comme une thérapeutique véritablement capable de corriger les déséquilibres initiateurs des processus pathogènes dans leur fondement même.
Les limites sont celles de la qualité et de la pertinence de l’analyse propres à tout thérapeute d’une part, celles de l’urgence et/ou de l’incapacité physiologique et organique de récupération de l’état d’équilibre initial par l’organisme d’autre part. Dans ces cas précis, une thérapeutique de type endobiogénique sera malgré tout des plus utiles, en tant que thérapeutique complémentaire avec par exemple :
- dans le cas d’une septicémie, la prescription d’une antibiothérapie, en associant dès le début du traitement une rééquilibration endobiogénique du terrain très dégradé à l’origine même du processus septicémique. Cette complémentarité thérapeutique pourra :
- permettre une récupération plus rapide,
- diminuer en parallèle les déséquilibres et pathologies associés,
- limiter certains effets secondaires de la thérapeutique classique : hépatiques, perturbations de la flore intestinale, etc. ;
- dans le cas d’un diabète ou d’une HTA, par exemple, un traitement classique sera institué lorsque l’organe – ou la fonction concernée – ne sera pas récupérable dans sa fonctionnalité. Cependant, une rééquilibration endobiogénique même partielle, traitant les déséquilibres initiateurs et associés, permettra :
- de limiter les doses de la thérapeutique substitutive au strict minimum,
- de stabiliser plus aisément l’équilibre et la fonctionnalité glycémique ou tensionnelle dans cet exemple,
- de modérer l’évolution et l’aggravation de la pathologie,
- de prévenir ou traiter les pathologies secondaires,
- de diminuer au maximum les effets secondaires spécifiques au traitement classique ;
De plus, la réflexion endobiogénique permettra de choisir au mieux la thérapeutique classique en étant le moins iatrogène possible tant au niveau du produit lui-même que de ses interférences sur la réactivité de l’organisme, et s’inserera alors au mieux dans la fonctionnalité de celui-ci. L’efficacité du traitement sera de ce fait optimisée et sa iatrogénie éventuelle minimisée. En clair, ceci signifie que l’utilisation de l’« outil » classique peut tout à fait (et doit) être intégrée dans une réflexion endobiogénique, tout comme celui de la plante médicinale ou de tout autre thérapeutique.
Aucune contre-indication dans les limites décrites et en dehors de l’incompétence du prescripteur.
5. Approche du malade en consultation de médecine intégrative
Nous allons donner les grandes lignes de réflexion dans l’approche d’un patient en consultation de médecine intégrative.
La finalité d’une consultation de médecine intégrative est de retracer l’histoire du patient dans l’ensemble de sa fonctionnalité physiologique en évaluant :
- sa structure génétique propre et évolutive (épigénétique) ;
- les sollicitations adaptatives tant endogènes qu’exogènes auxquelles il a eu à faire face et la qualité des réponses physiologiques spécifiques qui en ont découlé ;
- l’existence d’un ou de plusieurs organes de faiblesse innés ou acquis au fil de son évolution ;
- la réponse physiologique adaptative d’un axe endocrinien éventuellement sur-sollicité ou préférentiellement déficient dans ses rapports relatifs aux autres axes, que ce soit quantitativement, qualitativement ou chronologiquement.
Elle aidera ainsi la mise en place d’un traitement régulateur spécifique des dysfonctions neuroendocriniennes permettant de rétablir la fonctionnalité de l’organisme dans sa capacité de réponse adaptative, et de conserver ou retrouver son état d’équilibre initial.
5.1. Première étape
Dans un premier temps, il conviendra par l’interrogatoire de retracer précisément l’histoire du patient, que ce soit au niveau physiologique, physiopathologique, environnemental, en étudiant son mode de vie et ses habitudes tant alimentaires que comportementales ou autres, en évaluant les différents éléments agressogènes tant endogènes qu’exogènes auxquels il a pu être soumis, en notant les différents traitements reçus, les vaccinations administrées, etc.
Tous ces éléments devront être replacés sur la « ligne de vie » du patient afin de dégager la spécificité de son évolution historique :
- Les antécédents familiaux, qui permettront de mettre en évidence des systèmes ou organes de faiblesse structurellement et/ou potentiellement déficients. Le fait de connaître des antécédents de diabète ou d’hypertension permettra non seulement, grâce à une hygiène de vie adaptée, de ne pas sur-solliciter telle ou telle fonction, mais aussi, par un traitement endobiogénique spécifique, de soutenir ces points faibles dans leurs fonctionnalités adaptatives et, au final, de diminuer le risque pathologique ou au moins de le reculer au maximum dans le temps et dans l’évolution de son intensité. Là se situe la véritable médecine préventive dans tout son potentiel thérapeutique.
- L’historique in utero et de la naissance, avec le déroulement de la grossesse et ses possibles dysfonctions ou l’existence de pathologies maternelles, les traitements reçus, et bien sûr les phases de pré-accouchement et les modalités d’accouchement sollicitant et pouvant impacter directement la fonctionnalité physiologique du nouveau-né.
- L’historique des premières années de vie :
- la mise en évidence de toutes les petites dysfonctions, somme toute banales et courantes, mais qui orientent déjà sur la fonctionnalité adaptative de l’enfant avec ses organes de faiblesse, ou la sollicitation préférentielle de tel ou tel axe endocrinien ;
- les types de vaccinations, leurs associations particulières et leurs moments spécifiques d’administration dans l’évolution physiologique endobiogénique de l’enfant, sollicitant préférentiellement de ce fait les axes concernés en principal par la réactivité immunitaire provoquée.
- L’historique de l’enfance et ses modalités de croissance avec les mêmes interrogations.
- L’historique de la vie d’adulte : l’historique précédent aura le plus souvent déjà permis de mettre en évidence tel ou tel organe de faiblesse (peau, pancréas, système respiratoire…) et un axe endocrinien (par exemple somatotrope ou thyroïdien) se dessinant comme initiateur de la mauvaise réponse physiologique adaptative. Il conviendra alors de confirmer et compléter ces données et de les remettre dans la globalité de la dynamique adaptative évolutive de l’individu (voir ci-dessous 2e étape).
- L’historique des grandes périodes évolutives : pré-puberté et puberté, préménopause et ménopause, pré-andropause et andropause. Ces périodes de changement d’état d’équilibre fonctionnel physiologique seront riches d’enseignement. Comme toutes périodes de transition, instables par définition, elles seront révélatrices et/ou amplificatrices des déséquilibres endobiogéniques antérieurs avérés ou non et, par conséquent, seront des périodes propices à l’installation ou à l’aggravation des pathologies, qu’elles soient directement métaboliques ou non.
Ainsi, au fil de l’interrogatoire le médecin endobiogéniste aura mis en évidence un organe cible préférentiel et un axe endocrinien préférentiellement déficient dans ses capacités adaptatives (Figure 3-1).
Historique physiologique, physiopathologique, environnemental
Habitudes, alimentation, activités
Traitements, vaccinations
Figure 3-1
Mise en évidence :
-
- d’un organe-cible préférentiel
-
- d’un axe endocrinien préférentiellement déficient dans ses rapports relatifs aux autres axes : qualitativement, quantitativement, chronologiquement
Exemple
Un enfant à prédominance vagale dans sa fonctionnalité – c’est-à-dire avec un système parasympathique fonctionnellement suractif – présentera volontiers quelques intolérances digestives à type de selles diarrhéiques, ballonnements traduisant un dysmicrobisme intestinal. Cette symptomatologie pourra être mise en lien direct avec une dysfonction pancréatique exocrine secondaire à la vagotonie, à l’origine d’un déséquilibre des sécrétions pancréatiques et d’une hyper-sollicitation insulinique induisant un véritable cercle vicieux fonctionnel. Cet hyperinsulinisme pourra être à l’origine de fringales et d’une surconsommation de produits sucrés induisant un deuxième cercle vicieux.
Progressivement, si cette dysfonction n’est pas corrigée, elle deviendra pérenne et initiatrice d’autres déséquilibres associés.
Ainsi, en cas d’agression locale bactérienne ou virale, cet état vagotonique prédominant pourra être à l’origine d’un état congestif et inflammatoire de l’amygdale allant au-delà des nécessités physiologiques de la simple réponse adaptative, tant sur le plan quantitatif que dans la durée.
L’hyperinsulinisme décrit viendra alimenter le dysmétabolisme local.
Cette « écologie » locale et la dysfonction neuroendocrinienne associée permettront alors au germe de s’installer et lui conféreront sa pathogénicité, avec comme conséquence l’apparition d’une angine.
L’organe-cible préférentiel est, dans cet exemple, l’appareil ORL et en particulier l’amygdale. L’axe endocrinien préférentiellement déficient est l’axe somato-pancréatique associé au déséquilibre neurovégétatif décrit.
5.2. Deuxième étape
Dans un deuxième temps, le raisonnement intégratif et endobiogénique devra resituer l’organe cible préférentiel et l’axe endocrinien préférentiellement déficient dans toute la dynamique de la réactivité adaptative de l’individu. Le contrôle et la gestion de cette réactivité adaptative ont pour finalité le maintien de l’organisme dans son plus juste état d’équilibre tout en maintenant sa fonctionnalité.
La dynamique chronologique des 4 axes endocriniens avec l’enchaînement « horizontal » de leurs successions métaboliques cataboliques et anaboliques, et la finalité métabolique de chaque axe dans leur enchaînement endocrinien « vertical », tel que synthétisé dans la Figure 3-2.
Suite à la première étape, le médecin endobiogéniste, grâce aux différents éléments de la ligne de vie du patient, a pu mettre en évidence l’existence d’un organe cible préférentiel et d’un axe endocrinien préférentiellement faible, que ce soit d’origine génétique, acquise ou mixte. Il conviendra alors de poursuivre l’analyse en réintégrant ces données dans une vision systémique et endobiogénique, avec la mise en évidence des différentes perturbations de la réponse métabolique adaptative, à différents niveaux (Figure 3-3).
Éléments sollicités par la réactivité adaptative
- Avec, en tout premier, le niveau d’équilibre relatif et chronologique des différents éléments du système neurovégétatif dans leur enchaînement physiologique fonctionnel : parasympathique → alpha-sympathique → bêta-sympathique. Premiers régulateurs par leurs rôles moteurs et sécrétoires, ils « calibrent » tant en intensité que dans la durée la réponse physiologique congestive et inflammatoire nécessaire au métabolisme. Leurs représentants locaux (sérotonine, histamine) viendront compléter sur l’organe cible cette réponse physiologique générale.
- L’axe endocrinien à l’origine de la demande métabolique adaptative. Cet axe demandeurs sera l’initiateur, le point de départ des besoins métaboliques spécifiques. Par exemple, l’axe gonadique (anabolique), gestionnaire principal du métabolisme protidique, sollicitera lors de la réponse adaptative une augmentation des besoins en cholestérol, point de départ de la synthèse des hormones stéroïdiennes.
- L’axe sollicité en premier dans la mise en place de cette réponse adaptative. Si l’on reste dans cet exemple, l’axe thyroïdien (axe catabolique) sera sollicité en premier lors de la réponse adaptative pour fournir l’énergie nécessaire, et aussi en tant que gestionnaire du métabolisme lipidique.
- L’axe préférentiellement déficient d’origine génétique et/ou acquise. Il sera le point de départ d’une possible dysfonction métabolique. La mise en place de la réponse physiologique adaptative implique l’enchaînement fonctionnel horizontal des 4 axes gestionnaires du métabolisme. Cette réponse doit être adaptée et « calibrée ». Un axe peut être déficient :
- sur le plan quantitatif : insuffisance ou excès de fonctionnement par rapport aux besoins métaboliques nécessaires à la réponse adaptative ;
- dans la durée : excessive ou insuffisante ;
- en tant que tel, mais aussi relativement par rapport aux autres axes impliqués. La déficience de cet axe se dégagera de par l’historique et la « ligne de vie » du patient, à partir de ses différentes dysfonctions et pathologies avérées.
Conséquences physiopathologiques des dysfonctions des éléments sollicités par la réactivité adaptative à l’origine d’un état précritique inducteur de la pathologie
Les dysfonctions endocrino-métaboliques dans la réponse physiologique adaptative sont le point central qui fera basculer l’organisme d’une dynamique physiologique dans une dynamique physiopathologique (voir Figure 1-2). Là se situe le véritable traitement endobiogénique qui doit, par son soutien régulateur, permettre de garder ou de remettre l’organisme dans une réactivité physiologique et retrouver ainsi son état d’équilibre initial.
En l’absence, il sera inducteur d’un état de déséquilibre précritique, caractérisé par tout un ensemble de petits signes cliniques et de dysfonctions plus ou moins frustes. Puis, il y aura bascule dans le déséquilibre avéré et son expression pathologique caractéristique de la maladie.
Forme clinique spécifique de la pathologie : expression du déséquilibre neuroendocrinien
Dans la dysfonction métabolique adaptative, les rapports relatifs des différents axes tant sur le plan quantitatif que dans la durée seront à l’origine des différentes formes cliniques de l’affection.
Par exemple, les lésions arthrosiques sont la résultante d’un non-contrôle de la réponse physiologique inflammatoire faisant suite à la sur-sollicitation mécanique (le plus souvent) du cartilage et à la rupture de l’état d’équilibre métabolique entre anabolisme et catabolisme. L’emballement de la réponse adaptative du chondrocyte a pour conséquence un déséquilibre local entre les différentes cytokines cataboliques pro-inflammatoires et une phase réactionnelle anabolique sous la dépendance des cytokines anti-inflammatoires et des facteurs de croissance. Cet emballement métabolique, avec un catabolisme supérieur à l’anabolisme, aura pour conséquences une modification de la composition de la matrice cartilagineuse et une perte de ses fonctions biomécaniques.
Pour un même processus arthrosique de départ secondaire à cet emballement métabolique, plus l’axe thyroïdien sera impliqué dans son hyperfonction catabolique, plus la forme clinique de l’arthrose sera de nature ostéolytique, alors que plus l’axe somato-insulinique sera concerné dans son hyperfonction anabolique, plus la forme clinique sera ostéophytique.
5.3. Choix thérapeutique en consultation de médecine intégrative
Comme nous l’avons vu, la réflexion endobiogénique se fait dès l’entrée du patient dans le cabinet de consultation. Son attitude, son comportement, sa morphologie seront déjà riches d’enseignement sur son équilibre neuroendocrinien. L’établissement de sa « ligne de vie » par l’interrogatoire, complété par un examen clinique minutieux et des bilans complémentaires, permettra d’établir un diagnostic clinique et de préciser l’état d’équilibre neuroendocrinien selon les différents points mentionnés précédemment.
Le choix éventuel d’une thérapeutique substitutive classique se fera en fonction du degré d’urgence et de la difficulté à induire une récupération physiologique par un traitement régulateur dans des délais acceptables, ou lorsque cette récupération sera impossible du fait d’une déficience organique donnée. Le choix du produit classique considéré devra cependant se faire dans un cadre de raisonnement endobiogénique, ce qui permettra de choisir, par exemple pour un traitement antihypertenseur, plutôt un IEC qu’un bêtabloquant ou qu’un inhibiteur calcique sur des données intégrant la fonctionnalité du patient dans sa globalité.
La prescription d’un traitement phytothérapique pourra alors être seconde et complémentaire, ou bien souvent première si le déséquilibre fonctionnel est récupérable par un simple traitement de régulation.
Il s’agira alors pour le médecin endobiogéniste, de choisir les plantes dont le profil, tel que décrit dans les monographies avec ses 3 volets : symptomatique, de drainage et de propriétés neuroendocriniennes, correspond le mieux au profil endobiogénique du patient.
Exemple de prescription pour une otite aiguë séreuse, survenant au décours d’une rhinopharyngite, chez un enfant de 8 ans, à suivre pendant 2 mois
1) HE Lavandula officinalis
HE Eucalyptus globulus aa 1 g
HE Cupressus sempervirens
Élixir de papaine qsp 60 mL
1 goutte/kg/prise, 3-4 fois/jour.
Raisons de ce choix
Lavande : sympathicolytique, anti-infectieux.
Eucalyptus : anti-infectieux, hypoglycémiant.
Cyprès : parasympathicolytique, vasoconstricteur, antitussif.
Sur le plan endobiogénique :
L’action parasympathicolytique permet de diminuer la quantité des sécrétions, mais aussi les facteurs alimentant la congestion ;
L’action sympathicolytique permet de limiter la congestion à sa stricte nécessité physiologique en levant le spasme vasculaire, et de diminuer ainsi l’obstruction tubaire. Elle permet également de diminuer la viscosité des sécrétions ;
L’action sur l’axe somato-insulinique permet de réduire les relances vagales secondaires et l’hyperinsulisme associé. En outre, une base alimentaire sans sucres et dérivés (les fruits et le miel sont autorisés) et sans produits laitiers permettra de soulager d’autant cet axe dont l’hyper-sollicitation est un des facteurs principaux pérennisant les processus inflammatoires au-delà de la stricte nécessité physiologique.
2) Angelica archangelica
Verbascum thapsus Extrait fluide aa qsp 60 mL
Arctium lappa
1 goutte/10 kg/prise, 3-4 fois/jour dans 1/2 verre d’eau.
Raisons de ce choix
Angélique : béchique, sudorifique, expectorant, vagolytique, sympathicolytique.
Bouillon blanc : anti-inflammatoire, sympathicolytique.
Bardane : dépuratif, cholérétique, à activité de type antibiotique (bactéricide Gram+), normoglycémiant.
Sur le plan endobiogénique : même argumentaire que pour la première préparation.
3) Oligothérapie :
Soufre, une ampoule un matin sur deux. Pour son action spécifique sur la qualité des sécrétions (fluidifiant) et sur la trophicité de la muqueuse ORL.
Magnésium, une ampoule chaque matin. Pour son action spécifique sur les processus inflammatoire, infectieux et spasmodique.
4) Importance du traitement local pour lever l’obstruction tubaire, facteur favorisant l’otite et complémentaire du traitement régulateur ci-dessus :
lavages de nez avec des sprays d’eau de mer. Pour son action sur les processus inflammatoires, pour son action de drainage des fosses nasales et ainsi participer à la libération de l’obstruction tubaire ;
instillations nasales avec une ampoule d’Argent oligoélément 2 fois/jour, loin des repas. Pour les mêmes raisons ;
au niveau de l’oreille, au stade congestif : spray de spécialités anti-inflammatoires et antalgiques ;
proscrire les mouchages violents et les variations d’altitude.
Ce type de prescription permettra non seulement de traiter l’épisode aigu dans les délais les plus brefs, d’éviter les débordements sur les organes de voisinage (par exemple, passage à la rhinopharyngite chronique, ou à la sinusite), mais aussi les récidives grâce au traitement des déséquilibres inducteurs de l’état précritique à l’origine de la pathologie.
L’exposé de pathologies plus complexes ne peut se faire dans le cadre de l’ouvrage « Plantes médicinales » centré sur l’outil thérapeutique et l’exposé de ses grandes lignes d’utilisation dans le concept d’une réflexion endobiogénique et intégrative.
Pour en savoir +
Pour accéder à des informations plus détaillées et aux références bibliographiques qui permettent d’étayer les éléments présentées dans cet article, consultez le livre « Plantes médicinales », édité par Lavoisier TEC&DOC.
Plusieurs formateurs de l’Institut d’endobiogénie ont contribué à sa rédaction.