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La plante médicinale en phytothérapie clinique intégrative
Prôner l'utilisation de la plante médicinale sans en définir les critères d'utilisation ne peut déboucher que sur des croyances, voire des illusions. La phytothérapie ou « traitement par les plantes » n'est en rien synonyme de « médecine naturelle » ou de « médecine de terrain ». Ne confondons pas l'outil et l'utilisation qui en est faite.
Nous étudierons d’abord l’outil thérapeutique « plante médicinale », mettrons en évidence les différents niveaux de connaissance s’y rapportant avec leurs intérêts et limites respectifs. Puis, nous aborderons les critères d’utilisation de cet outil thérapeutique avec le concept de phytothérapie clinique intégrative, qui seul permet d’utiliser la plante médicinale dans toutes ses potentialités et de ne pas reprendre le même chemin que celui qui a conduit à son abandon dans le courant du XXe siècle.
1. Les trois niveaux d’étude de la plante médicinale
On peut aborder l’étude de la plante médicinale selon trois niveaux successifs par leur histoire, mais complémentaires par les connaissances qu’ils apportent respectivement.
1.1. Niveau traditionnel
L’utilisation traditionnelle de la plante médicinale constitue le premier niveau d’analyse. La plante médicinale est le premier outil thérapeutique que l’homme a su identifier et utiliser pour traiter ses maux, dans de nombreuses civilisations et sur tous les continents. La seule approche expérimentale et clinique à sa portée était de constater l’effet général du produit « plante médicinale » sur l’organisme traité. Les anciens ont ainsi développé un don d’observation inégalé conduisant de fait à une approche globale et holistique des effets cliniques.
C’est ainsi que des propriétés ont été mises en évidence par l’empirisme et ne se sont jamais trouvées démenties par l’usage. Les indications qui en découlent ont fait leurs preuves pratiques. Elles sont reproductibles et sont reconnues par la plupart des pharmacopées.
L’intérêt de cette approche se trouve dans la richesse des informations fournies par cette observation globale des effets produits et dans l’expérimentation de la plante médicinale faite à grande échelle et sur une durée importante. Aucun autre produit à visée thérapeutique ne peut se comparer dans ses modalités d’études à cette échelle quantitative et de durée.
Cependant, ce niveau traditionnel d’utilisation de la plante médicinale a ses limites d’utilisation qui sont celles tracées par l’insuffisance des connaissances aussi bien pharmacologiques que médicales : physiologiques, physiopathologiques et cliniques.
1.2. Niveau pharmacologique
Les insuffisances de l’approche traditionnelle ont conduit, grâce aux progrès de nos connaissances et des techniques, à l’étude nécessaire de la plante médicinale à un niveau scientifique et pharmacologique.
À ce deuxième niveau, les propriétés de la plante médicinale ont fait l’objet de très nombreuses démonstrations expérimentales in vitro ou in vivo, chez l’animal et/ou chez l’homme. Ces études ont ainsi permis de démontrer l’activité et les propriétés des extraits totaux de la plante ou de certains de ses constituants appelés principes actifs, et ont le plus souvent confirmé mais parfois infirmé les données issues de la tradition. Ce niveau d’étude a également pour rôle d’évaluer la toxicité du produit plante médicinale et de définir les doses thérapeutiques, d’étudier les diverses formes galéniques, proposer les plus appropriées à son utilisation spécifique.
L’intérêt de ce niveau est majeur et incontournable, car il permet une utilisation de la plante médicinale suivant des critères pharmacologiques précis. Il resitue l’étude de la plante médicinale, et donc son utilisation, dans son seul cadre scientifique, sortant alors de l’empirisme et de ses imprécisions.
Cependant ce niveau d’analyse pharmacologique de la plante médicinale a aussi ses limites qui sont celles imposées par la stricte analyse du produit et de son effet direct symptomatique et pharmacologique.
Les problèmes se posent à plusieurs niveaux, avec soit la multiplicité et la complexité des constituants de la plante médicinale qui rendent son étude pharmacologique difficile (c’est le cas par exemple des huiles essentielles qui peuvent être composées de plus de 200 constituants), soit l’obtention de résultats expérimentaux paradoxaux. En effet, pour certaines plantes, l’étude pharmacologique n’a pas pu mettre en évidence et isoler de principe actif précis alors que le totum de la plante possède une activité clinique bien réelle et reproductible.
C’est l’exemple bien connu de l’Artichaut (Cynara scolymus) qui contient, entre autres constituants, quatre acides (acides chlorogénique, malique, citrique, succinique). Or, aucun de ces acides pris isolément n’a de propriété pharmacologique alors que ce « bloc » de quatre acides possède des propriétés cholérétiques et diurétiques. On retrouve ici la notion de synergie d’action. En outre, ces activités se trouvent potentialisées par les autres constituants de l’artichaut, en particulier les sels de potassium et les flavonoïdes. Ces notions de synergie et de potentialisation d’action sont des concepts importants en phytothérapie clinique qui renvoient directement à l’intérêt d’utiliser le totum de la plante.
Un autre exemple est celui de l’Ail (Allium sativum) pour lequel un certain nombre de propriétés pharmacologiques ont été confirmées expérimentalement pour le totum de la plante, telles que ses actions anti-infectieuses, sympatholytiques et anti-athéromateuses par ses propriétés hypoglycémiantes, hypolipémiantes et anti-agrégantes plaquettaires. On a pu isoler 15 constituants de la poudre d’ail à la chromatographie. L’étude pharmacologique de chacun d’eux a permis de constater :
- pour 9 d’entre eux, l’effet anti-athéroscléreux et anti-athérogène ;
- 2 possèdent une activité anti-athéroscléreuse significative, mais pas d’activité anti-athérogène ;
- 3 révèlent même des propriétés pro-athérogènes, c’est-à-dire potentialisant les effets pro-athérogènes du sérum ;
- 1 ne possède aucune activité anti-athérogène ou anti-athéroscléreuse ;
- l’ajoène, principe actif hypolipémiant, n’a été isolé que dans une seule fraction active.
Une autre notion pouvant expliquer la non-confirmation au niveau de la stricte pharmacologie de résultats obtenus par la clinique et la notion de pro-drogue ou d’action indirecte. On prendra l’exemple du Thym (Thymus vulgaris) qui est cliniquement un très puissant vagolytique. Ses actions au niveau clinique découlent de ses propriétés sur la motricité des muscles lisses et des sphincters (maintien du tonus de base) et inhibitrices des sécrétions en général. De ce fait, il pourra avoir, chez le sujet vagotonique, des propriétés cliniques régulatrices des sécrétions insuliniques alors qu’aucun de ses constituants ne possèdent des propriétés pharmacologiques agissant directement sur la sécrétion d’insuline. Cette propriété clinique sera à l’origine d’indications et de contre-indications cliniques, par exemple chez les sujets infectés et/ou hypertendus, certains sujets pré-diabétiques ou diabétiques.
Les difficultés d’études et d’utilisation qui résultent d’une approche strictement pharmacologique de la plante médicinale, et la recherche d’une puissance d’action, ont ouvert la voie à l’extraction et l’isolement du principe actif de la plante médicinale, puis à la recherche d’une augmentation de son activité par hémi-synthèse, et au final à la synthèse de molécules nouvelles.
C’est le strict chemin qui a conduit directement à l’abandon de l’utilisation de la plante médicinale. De la Reine-des-prés on est passé à l’aspirine, avec les avantages et aussi les inconvénients liés à la concentration et à la puissance du principe actif isolé : l’acide acétyl salicylique. Les précurseurs de cet acide, en quantité bien moindre dans la Reine-des-prés mais en synergie et potentialisés par les autres constituants de la plante, lui confèrent une activité tout aussi importante sans avoir les effets secondaires du principe actif isolé.
C’est ainsi que les problèmes posés par l’approche uniquement pharmacologique de la plante médicinale et ses résultats paradoxaux, sa dérive vers une utilisation de type substitutif, voire ayant conduit à l’abandon de la plante médicinale (paradoxe), et la seule prise en compte du produit peu ou pas intégrée dans la réactivité physiologique de l’individu nous ont amenés à concevoir une approche dite de phytothérapie clinique intégrative qui ne se situe pas au seul niveau de la stricte pharmacologie clinique.
Ce concept utilise toutes les potentialités de la plante médicinale en s’appuyant sur une réflexion thérapeutique basée sur les notions de régulation et de soutien de l’organisme dans sa réponse adaptative. En effet, au niveau du matériel thérapeutique, ces résultats paradoxaux renvoient :
- aux notions de synergie et de potentialisation des différents constituants de la plante, à la notion de prodrogue ;
- à l’intérêt d’étudier et d’utiliser le totum de la plante et non plus tel ou tel principe actif isolé ;
- à la nécessité de prendre en compte la réactivité physiologique et biologique de l’organisme par une approche clinique, et non pas uniquement pharmacologique ;
- à la prise en compte de l’individu qui reçoit le traitement, avec sa réalité et sa réactivité physiologique et biologique propre, tout en intégrant l’étude de la plante médicinale dans une physiologie du vivant, de l’individu, avec les notions fondamentales de dynamique, d’interrelation, de relativité et de globalité (voir par exemple ci-dessus Thymus vulgaris).
Cela demande de prendre en compte :
- la fonctionnalité interne de l’homme et la notion d’endobiogénie développée par Duraffourd et coll. (endon : dedans, bio : vie, geniu : disposition naturelle ou geneia : production, formation), qui recouvre la véritable notion de terrain dans le sens propre du terme, avec son système régulateur et gestionnaire – le système endocrinien, tel que nous l’avons vu dans l’introduction de cet ouvrage ;
- le concept de phytothérapie clinique intégrative.
1.3. Clinique intégrative
La phytothérapie clinique intégrative constitue le troisième volet d’étude de la plante médicinale. Volet non dissociable des précédents, mais volet final intégrant les connaissances issues de la tradition, de l’étude pharmacologique et enfin des observations et démonstrations cliniques des effets de la plante médicinale. Ces propriétés établies par la clinique sont la synthèse :
- de celles transposées de l’usage et qui sont reconnues par les pharmacopées, reproductibles et jamais démenties ;
- de toutes celles déduites des propriétés pharmacologiques des extraits totaux et/ou de chaque constituant.
La phytothérapie clinique intégrative reprend toutes les données issues de la stricte connaissance pharmacologique mais en les réintégrant dans une physiologie du vivant (Figure 1-1). De ce fait, l’approche clinique peut confirmer certaines propriétés issues de la tradition mais non retrouvées par la stricte étude pharmacologique. Ce troisième niveau, celui de l’étude clinique de la plante médicinale, dans ces conditions d’analyse et de synthèse spécifiques, devient alors le plus complet.
Figure 1-1 (Schéma des propriétés retenues de l’usage traditionnel, confirmées par la pharmacologie, et établies par la clinique.)
2. Concept de phytothérapie clinique intégrative
La finalité première de l’organisme est d’assurer le métabolisme nécessaire pour garantir l’existence même de la structure organique en tant que telle, pour maintenir sa fonctionnalité basale (métabolisme de base) et enfin pour assurer la réponse physiologique adaptative spécifique à la dynamique de la vie et à son maintien.
Cette finalité nécessite la mise en place d’une réponse physiologique adaptative qui permet, en s’ajustant constamment aux nécessités métaboliques, de garder un état d’équilibre dynamique, état d’équilibre correspondant à l’état de santé.
Toute nécessité adaptative, qu’elle soit liée à une sollicitation externe ou à un besoin interne, mobilisera rapidement les éléments nécessaires pour la mise en place des réponses congestives, inflammatoires voire immunitaires afin d’assurer les apports en éléments de défense et ceux nécessaires aux besoins métaboliques. Les systèmes neurovégétatifs (régulation de la vasomotricité et des sécrétions) puis endocriniens (régulation métabolique spécifique de chaque axe endocrinien dans leur dynamique systémique spécifique) seront les garants de cette régulation métabolique adaptative.
Soit cette réponse métabolique physiologique est adaptée quantitativement, qualitativement et/ou chronologiquement dans ses différents éléments constitutifs, et l’organisme retrouve par lui-même son état d’équilibre antérieur. On est dans une réponse physiologique adaptée ne permettant pas les déséquilibres inducteurs de la maladie.
Soit la régulation neuroendocrinienne n’est pas satisfaisante dans la réponse dynamique adaptative et ne permet pas de fournir les éléments métabolique nécessaires quantitativement, qualitativement et/ou chronologiquement, et/ou ne permet pas un retour à l’état d’équilibre premier. Cette non-adaptation de la réponse physiologique fera alors basculer l’organisme dans un état physiopathologique avec la mise en place d’un état précritique, faisant le lit de la maladie. La maladie n’est alors que le bout de la chaîne exprimant ce déséquilibre inducteur. De ce fait, le véritable traitement étiologique, répondant à une réflexion physiologique intégrative et endobiogénique, se situera au point de bascule névralgique qui permettra à l’organisme de rester dans une réponse physiologique adaptative ou de basculer dans la physiopathologie et à terme dans la maladie.
Par conséquent, le raisonnement du médecin endobiogéniste ne peut partir que de l’état physiologique initial et doit mettre en évidence les déséquilibres neuroendocriniens : point de rupture entre la réponse physiologique adaptative et son non-contrôle, faisant ainsi basculer l’organisme dans la physiopathologie. Le véritable traitement étiologique et endobiogénique en médecine intégrative se situe à ce carrefour et consiste alors (Figure 1-2) :
- soit à soutenir/aider l’organisme dans sa réponse adaptative afin d’éviter la bascule dans le physiopathologie : véritable niveau d’un traitement réellement préventif ;
- soit à l’aider à retrouver le contrôle de la réponse physiologique adaptative lui permettant de sortir de l’état physiopathologique dans lequel il se trouve, et ainsi retrouver son état d’équilibre physiologique initial.
Figure 1-2 (Schéma de la réponse adaptative et du basculement vers la physiopathologie.)
Prenons l’exemple de l’angine : nous avons un germe venant de l’extérieur ; son contact avec la muqueuse ORL induit une réponse locale de congestion puis d’inflammation, voire immunitaire, sur l’organe cible principal de la défense locale, à savoir l’amygdale. Cette réponse physiologique permet d’apporter les différents éléments figurés du sang, les différentes cytokines pro-inflammatoires, les différents facteurs de croissance locaux nécessaires à la lutte anti-infectieuse et au métabolisme local. Si cette réponse physiologique est adaptée quantitativement, qualitativement mais aussi dans sa stricte durée nécessaire, le germe ne trouve pas l’« écologie » locale pour s’installer et se développer. L’organisme ne bascule pas dans la maladie et retourne à son état d’équilibre antérieur. Si, à l’inverse, la réponse physiologique n’est pas adaptée avec un état congestif insuffisant ou excessif, et/ou une réponse inflammatoire persistant au-delà des strictes nécessités métaboliques, alors l’organisme bascule dans un état de déséquilibre précritique inducteur de la maladie, en l’occurrence une angine. Les formes cliniques de celle-ci et son degré de gravité sont directement fonction du type de déséquilibres et de l’intensité de ceux-ci. Ce qui confère la pathogénicité du germe, outre sa virulence spécifique, c’est la qualité même de la réponse physiologique adaptative : le germe saprophyte trouve alors, ou non, une écologie locale et un déséquilibre général de l’organisme permettant son développement et induisant de ce fait sa pathogénicité (Figure 1-3).
Figure 1-3 (Trépied interactif : hôte – germe – réactivité adaptative.)
2.1. Notion de traitement substitutif
Le traitement substitutif se substitue à la réactivité adaptative de l’organisme. Il lui impose son action pharmacologique. Il est nécessaire en cas d’urgence ou lorsque les possibilités de récupérer une régulation physiologique sont dépassées, ou encore lorsque le temps nécessaire pour obtenir des résultats avec un traitement de régulation ne permet pas de retrouver un état d’équilibre sans risque de décompensation.
Il doit être prescrit pour la durée la plus courte possible afin de ne pas bloquer les éléments d’information et les réactivités adaptatives de l’organisme. Il s’agit donc pour le médecin endobiogéniste de savoir si la réponse physiologique adaptative de l’organisme reste sous contrôle et en phase avec les nécessités métaboliques du moment (fièvre, congestion, inflammation, réponse tensionnelle artérielle, réponse cholestérolique, calcique, etc.), et dans ce cas cette réponse physiologique adaptative devra être respectée ; ou si, au contraire, elle dépasse son but en intensité ou dans la durée, alors elle sera traitée. Un traitement substitutif de type antipyrétique par exemple, prescrit comme bien souvent dès les premiers symptômes de la maladie virale, prive non seulement l’organisme de sa réactivité adaptative « température » – celle-ci diminuant la multiplication virale – mais également de tous les autres éléments de cette réactivité antivirale (réponses des lymphocytes, des différentes cytokines, etc.) qui sont de ce fait beaucoup moins, voire pas sollicités, leurrant ainsi l’organisme par l’absence d’élévation thermique spécifique de la réponse physiologique antivirale première. Il l’empêche par contrecoup de récupérer son état d’équilibre initial, malgré et à cause de l’absence de fièvre.
2.2. Notion de traitement régulateur – Concept de phytothérapie clinique intégrative
La finalité première de l’organisme étant de garder un état d’équilibre fonctionnel, le véritable traitement étiologique sera d’aider l’organisme dans sa réactivité adaptative défaillante. Ce ne sera plus tant un traitement de type « anti-… » (antipyrétique, anti-inflammatoire, antibiotique, etc.), mais un traitement de régulation de sa réactivité neuroendocrinienne gérant la qualité de la réponse métabolique adaptative.
La plante médicinale sera utilisée selon 3 volets :
- Le 1er volet consiste en une action purement symptomatique, c’est le plus connu. Il utilise l’outil plante médicinale dans une démarche substitutive pour ses propriétés pharmacologiques cliniques directes, symptomatiques et spécifiques. Concernant le seul symptôme, il se substitue à la réactivité adaptative de l’organisme (anti-inflammatoire, antipyrétique, antispasmodique, antidépresseur, anti-…). Il élimine le symptôme afin de soulager le malade et/ou protéger l’organisme en phase suraiguë. Cependant, comme nous le verrons, son cadre de prescription sera strictement limité dans ses modalités et sa durée d’application. Chaque plante possède des propriétés symptomatiques spécifiques, le plus souvent multidirectionnelles : antipyrétiques, anti-inflammatoires, antispasmodiques, astringentes, etc.
- Le 2e volet permet d’aller un peu plus loin dans l’aide à la réactivité physiologique adaptative de l’organisme en utilisant l’outil plante médicinale pour ses propriétés spécifiques de drainage. Cette action consiste à soutenir les fonctions sécrétrices ou excrétrices des différents organes éliminateurs (foie, rein, intestin, poumon, peau) et permet d’améliorer la fonctionnalité de l’organisme dans sa réponse pour retrouver un état d’équilibre (état de santé).
- Enfin, le 3e volet se situe au niveau d’une action de régulation endobiogénique avec une approche clinique intégrative. Il utilise alors les propriétés régulatrices neuroendocriniennes spécifiques de la plante médicinale. Seul ce concept de phytothérapie clinique intégrative permet l’utilisation de la plante médicinale dans toutes ses potentialités en proposant : une réflexion physiologique intégrative prenant en compte la réactivité d’adaptation de l’organisme et les dysfonctions de ses systèmes régulateurs neuroendocriniens ; une approche thérapeutique régulatrice qui rééquilibre les déséquilibres inducteurs de la pathologie spécifique à l’individu et qui permet de rétablir et de maintenir les moyens d’adaptation de l’organisme.
Il s’agit tout simplement d’un traitement de soutien de l’organisme dans sa réactivité adaptative.
L’utilisation de la plante médicinale n’est pas synonyme de phytothérapie clinique intégrative ou de « médecine de terrain ». La plante médicinale peut être utilisée dans une optique restreinte de type traitement substitutif (voir le volet symptomatique). Le remplacement de l’aspirine par la prescription systématique et exclusive d’une plante à dérivés salicylés, le remplacement d’un traitement hormonal substitutif de la ménopause par un traitement tout aussi substitutif et tout aussi systématique à base de soja par exemple, comme nous avons pu le constater nombre de fois, ne peut aboutir qu’aux mêmes avantages et inconvénients que ceux présentés par le produit classique, et mener à terme sur le même chemin qui a conduit à l’abandon de la plante médicinale.
Parmi les différents outils thérapeutiques, la plante médicinale permet de répondre au mieux à cette approche endobiogénique qui permet de l’utiliser dans toutes ses potentialités. Issus du vivant, ses principes actifs ont des structures proches, voire analogues, aux différentes structures moléculaires, enzymatiques et hormonales de l’être humain ; de ce fait, ils s’intègrent beaucoup mieux dans les processus de régulation physiologique de l’organisme. Elle permet ensuite d’instituer un véritable traitement de régulation et de soutien non substitutif, et de ce fait de renforcer les capacités d’autodéfense et d’adaptation de l’organisme. Enfin, la multiplicité et la complémentarité de ses constituants et principes actifs, avec les notions de synergie et de potentialisation, permettent d’utiliser des doses moindres qu’avec un principe actif isolé pour un même niveau d’activité, évitant alors les effets secondaires spécifiques des fortes doses (notions de biodisponibilité, de prodrogue). S’il faut effectivement 1 kg d’orange pour obtenir 1 g d’acide ascorbique, la biodisponibilité de la vitamine C contenue dans l’orange est de loin supérieure, grâce à sa potentialisation par les autres constituants de l’orange et à leurs effets synergiques. L’utilisation du totum lui confère un niveau d’action tout aussi comparable pour une dose moindre.
Dans ces conditions, la complexité, la multiplicité et la complémentarité des différents constituants et principes actifs de la plante médicinale qui ont conduit à son abandon deviennent alors une richesse. Elles permettent, dans ce concept de phytothérapie clinique intégrative :
- le soutien de l’organisme face aux agressions endogènes et exogènes ;
- la mise en place d’un traitement régulateur non substitutif ;
- la mise en place d’un traitement des déséquilibres spécifiques à l’individu.
La plante médicinale est un des seuls outils thérapeutiques capable de répondre au mieux à une approche thérapeutique véritablement intégrative et régulatrice et de permettre l’institution d’un véritable traitement de soutien de la réactivité adaptative de l’organisme.
Pour le médecin endobiogéniste utilisant la plante médicinale, nous avons :
- 3 niveaux d’action de la plante médicinale : de type allopathique et symptomatique, complémentaire sur les organes impliqués dans la genèse de la maladie, et endobiogénique régulateur des éléments endocriniens générateurs de l’état précritique et critique ;
- 3 niveaux d’utilisation de la plante médicinale :
- celui de ses composants propres : médicament pharmaco-dynamiquement actif ;
- par association synergique et potentialisatrice avec la notion de totum ;
- par effets indirects sur la maladie, avec son action sur les différents métabolismes inducteurs par l’intermédiaire de leur système gestionnaire : le système endocrinien.
3. Comparaison approche « phytochimique » de la plante médicinale/approche en phytothérapie clinique intégrative
Approche « phytochimique » de la plante médicinale (approche classique) / VS Approche « phytoclinique intégrative » de la plante médicinale (approche clinique)
- Usage limité à l’activité du principe actif chimique majoritairement contenu dans la plante / Usage prenant en compte les effets physiologiques globaux de la plante prise dans son ensemble
- Restriction de l’usage de la plante à un symptôme pouvant répondre à cette activité / Intégration de l’usage de la plante à la physiologie globale du sujet à traiter
- Traitement symptomatique / Traitement étiologique réel et non spécifique
- À visée univoque / À visée multivoque
- Unidirectionnel / Multidirectionnel
- Doses pharmacologiquement fortes ou forcées /Doses pharmacologiquement faibles, le plus souvent régulatrices
- Se limite aux manifestations critiques de la maladie / Prise en compte de l’ensemble des mécanismes physiopathologiques inducteurs critiques et précritiques
- Iatrogénie potentielle non négligeable / Moindre iatrogénie potentielle
- Stratégie thérapeutique centrée sur le symptôme / Stratégie globale intégrant l’ensemble des systèmes régulateurs de l’organisme
- Performance minimale du traitement, se limitant à faire disparaître le symptôme /Amélioration de la performance du traitement qui prend en compte les déséquilibres précritiques
- Nécessité d’une quantité plus importante de plante médicinale / Moindre besoin de quantité de principes actifs, donc moindre consommation de plante médicinale
Exemple : ménopause et THS/soja
- Tous produits phyto-œstrogènes ou assimilés (soja, yam) présentés comme substituts des œstrogènes classiques et conçus selon l’approche phytochimique de la plante / Nécessité d’une formulation élaborée répondant à l’ensemble des mécanismes endobiogéniques du sujet
- Doses renforcées de principes actifs : produits « normalisés » / Potentialisation synergique des effets, donc moindre toxicité potentielle
- Visée univoque : la carence œstrogénique / Visée multiple : le traitement de la femme conçue comme un tout
- Mêmes risques d’induction d’effets indésirables que le THS. Risques plus élevés d’inefficacité symptomatique que le THS / Les effets indésirables ne seront que ceux induits par une mauvaise analyse de l’état endocrinien et/ou une méconnaissance du matériel thérapeutique
4. Conclusion
La phytothérapie clinique intégrative permet d’apporter une réponse thérapeutique dans une réflexion physiologique intégrative qui tient compte de la spécificité de l’individu, des différents éléments gestionnaires de son état d’équilibre, de son état de santé. Elle se réfère aux notions fondamentales :
- de dynamique, d’interrelation systémique et de globalité ;
- de traitement étiologique régulateur ;
- d’utilisation de la totalité des potentialités de la plante médicinale.
L’utilisation de la plante médicinale sur des bases scientifiques tenant compte des connaissances actuelles et l’intégration d’une phytothérapie clinique dans le système de santé peuvent permettre de faire le lien entre l’approche traditionnelle de la plante médicinale et la médecine actuelle, mais aussi de résoudre les problèmes liés au coût de la santé. Enfin, elle permet de répondre à la demande de plus en plus importante de la population, avec une moindre iatrogénie et la prise en compte de son individualité.
Préconiser ou encourager un recours aux médecines traditionnelles sans réintégrer ce savoir dans les connaissances scientifiques et médicales actuelles, sans les intégrer dans une approche clinique, ne peut que révéler rapidement leur insuffisance, et mener à terme sur la même voie que celle qui a conduit à l’abandon de la plante médicinale.
Pour en savoir +
Pour accéder à des informations plus détaillées et aux références bibliographiques qui permettent d’étayer les éléments présentées dans cet article, consultez le livre « Plantes médicinales », édité par Lavoisier TEC&DOC.
Plusieurs formateurs de l’Institut d’endobiogénie ont contribué à sa rédaction.